Dans un collège de 180 élèves situé à Nancy, l'architecture éducative a été repensée de fond en comble. Inspiré des grandes traditions britanniques, un système de « Maisons » brise les frontières entre niveaux, structure la vie scolaire autour de valeurs partagées et place les élèves au cœur d'un projet communautaire inédit en France.
Un constat, une conviction, un projet
Malgré ses effectifs réduits, le Collège du Sacré-Cœur de Nancy n'échappait pas à une réalité commune : les élèves restaient cantonnés à leur groupe-classe, sans interaction réelle avec les autres niveaux. Avec un fort taux d'élèves à besoins éducatifs particuliers (EBEP), ce cloisonnement faisait obstacle à l'inclusion. Il fallait créer du lien — structurellement, pas seulement ponctuellement.
C'est Charlotte Flocmoine qui a porté l'ambition. D'abord professeure d'anglais au sein de l'établissement, familière des traditions des écoles anglo-saxonnes, elle imagine un système de maisons transversal, capable de traverser les années scolaires et de tisser des solidarités durables. Aujourd'hui cheffe d'établissement, elle voit le projet aboutir.
Quatre maisons, quatre identités
Chaque élève est réparti aléatoirement dans l'une des quatre maisons, indépendamment de sa classe ou de son niveau. Ces entités ne sont pas de simples étiquettes : elles portent des valeurs, des symboles, une identité propre.
ATHESSA — la maison de la diplomatie, figurée par la chouette blanche. TEMISSA — la maison de la protection, représentée par le cerf bleu. ODISSA — la maison de l'altruisme, incarnée par la colombe rose. MEDUSSA — la maison de l'empathie, associée au serpent noir. Quatre caractères distincts, pensés pour que chaque élève se reconnaisse dans des valeurs qui dépassent la performance scolaire.
« L'objectif est que chaque élève se sente membre d'une communauté, bien au-delà de sa propre classe. » — Charlotte Flocmoine, cheffe d'établissement
Une vie scolaire structurée par les maisons
Le système ne reste pas théorique. Il irrigue le quotidien de l'établissement. À la cantine, les places sont organisées par maison : les grands parrainent naturellement les plus jeunes, la mixité de niveaux devient une norme, pas une exception. L'accès aux espaces — foyer, CDI — suit la même logique de rotation.
Seize capitaines, élèves volontaires désignés en début d'année, encadrent les temps forts et incarnent l'esprit de leur maison au quotidien. Un rôle responsabilisant, plébiscité par les familles et les équipes pédagogiques.
Le Trophée des Maisons : quand le mérite change de visage
Tout au long de l'année scolaire, les enseignants attribuent des points à leur maison pour récompenser comportements positifs et actions exemplaires — entraide, engagement, bienveillance. En fin d'année, le Trophée des Maisons est remis lors d'une cérémonie. Un palmarès qui ne distingue ni les plus intelligents, ni les plus rapides, mais les plus solidaires.
Cinq temps forts qui rythment l'année
L'année scolaire s'articule autour de cinq rendez-vous incontournables. La cérémonie d'intégration, lors de laquelle chaque nouvel élève découverte sa maison dans un rituel solennel, installe d'emblée le sentiment d'appartenance. Les Olympiades opposent les maisons dans des épreuves sportives et créatives. Des temps forts à Noël et à Pâques ponctuent l'année de célébrations communes. Enfin, la cérémonie des départs marque la fin du parcours des élèves de 3e — un adieu à leur maison, à leur établissement, à une communauté qui les aura accompagnés quatre ans.
Un projet qui grandit chaque année
Chaque édition porte un nouveau thème. Après une journée dédiée à la sensibilisation au handicap — notamment à la déficience visuelle — la prochaine sera consacrée à l'écologie. Un renouvellement constant qui maintient l'attention des élèves et permet à l'établissement de connecter son projet communautaire aux enjeux du monde.
En trois ans, les effets sont tangibles : le harcèlement scolaire a reculé, les compétences psychosociales se sont développées, et l'autonomie des élèves a gagné en visibilité. Une démonstration, rare et précieuse, que l'innovation pédagogique peut transformer un établissement — à condition d'être portée avec conviction, et sur le long terme.
Louis Guyot
Correspondant terrain · APEL Académique Nancy-Metz

